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La chute de Jérusalem

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Le 16 de la lune de Redjeb, l'an 583 de l'hégire, c'est-à-dire le 20 septembre 1187, deux mois-et-demi après Hattin, Saladin parut devant Jérusalem et la sainte cité fut bientôt investie. Ce fut une date inoubliable pour l'Islam.

Balian II d'Ibelin commandait la citadelle. Avant de s'emparer de la ville par les armes, Saladin proposa aux assiégés d'en négocier la reddition et le sort des communautés chrétiennes. Avec beaucoup de tact, il promit d'avantager Jérusalem, de ne point l'accabler d'impôts comme tant de villes infidèles qu'il venait de conquérir pour ajouter à la gloire d'Allah; il offrit de se contenter d'une somme dérisoire de trente mille pièces d'or et de ne point méconnaître les droits des chrétiens qui choisiraient, après l'entrée des troupes musulmanes, de rester à Jérusalem. Les barons et les chefs des ordres religieux n'acceptèrent point de transiger. Ils voulaient gagner un peu de temps, ruser avec le Kurde, dans l'espoir que quelque flotte génoise ne tarderait pas à apparaître sur les côtes du Liban, porteuse de bombardes et de vaillants Croisés. "Nous ne pouvons vous céder une ville en laquelle notre Dieu est mort, firent-ils dire. Nous pouvons encore moins vous la vendre". Ils jouèrent les offensés et Saladin s'offusqua :
Vous maudirez votre obstination. Vous implorerez bientôt ma clémence, mais les jours seront comptés. J'entrerai d'ici peu dans Jérusalem et je ne saurais alors comment empêcher mes compagnons victorieux de traiter par l'épée les chrétiens survivants comme vous avez traité vous-mêmes les musulmans lorsque vous êtes entrés dans Jérusalem l'an 492 de l'hégire. Souvenez-vous que vous avez égorgé soixante-dix mille musulmans dans le Mesjid el Aqsâ. Et souvenez-vous qu'en l'année 398 de l'hégire le calife fatimide d'Egypte El Hakem ordonna de détruire le Saint-Sépulcre et autorisa le pillage par la populace de tout ce qu'elle renfermait de richesses, de meubles et autres objets. Souvenez-vous du samedi de la lumière et des choses odieuses qui se passent sous les yeux des musulmans, des choses qu'il n'est pas licite d'entendre ni de voir". Les chroniqueurs de l'époque ont raconté qu'il y avait alors dans Jérusalem soixante mille hommes capables de combattre. Le secrétaire de Saladin, Beha ed-Dîn, avance le chiffre de six mille défenseurs. Quoi qu'il en soit, Balian II d'Ibelin sut inspirer à chacun, malgré le souvenir récent de tant de revers et l'incapacité notoire des grands de la chrétienté d'Orient, le courage dont tous avaient besoin en ces jours difficiles. Il promut chevaliers de nombreux bourgeois, des marchands devant défendre leurs souks et leur foi, vaincre ou périr dans cette gigantesque mêlée dont la ville sainte était l'enjeu, et peut-être aussi l'avenir de l'Islam et celui de la chrétienté. On fondit les plaques d'argent recouvrant la chapelle du Saint-Sépulcre pour payer la solde des recrues et le gouverneur de Jérusalem sut faire de l'antique cité de David une forteresse fort bien défendue. Aussi les musulmans furent-ils surpris d'apercevoir tant de soldats et de cavaliers s'affairant sur les remparts que détruisait peu à peu la pierraille de leurs machines de bois. Une première attaque au nord-ouest, entre l'ancienne Porte de Damas et la Tour de David, échoua. Les assiégés faisaient preuve d'un mordant inattendu. Ils repoussaient les musulmans, brûlaient leurs machines de siège et d'assaut, se battaient avec fureur avec des pelles quand ils n'avaient point d'autres armes, aveuglant leurs ennemis avec du sable, ou encore les engluant avec leur poix bitumineuse, les faisant brûler vifs au pied de leurs échelles avec les feux grégeois.

N'ayant pu faire passer le gros de ses forces par la Porte de Damas, Saladin chercha un point plus faible, du côté du nord de la ville, près de la Porte de Josaphat, où il espérait ouvrir plus facilement une brèche dans l'un des angles des fortifications donnant sur la vallée du Cédron. Il réunit de ce côté toutes les pièces disponibles et le bombardement commença tandis qu'un patient travail de sape minait les assises de cette partie de l'enceinte fortifiée de Jérusalem. En deux jours, quinze toises de fortifications furent minées, étançonnées, incendiées. Les assiégés tentèrent en vain une sortie par la Porte de Josaphat. Ils s'acharnèrent, perdirent beaucoup des leurs et durent faire retraite. Leur cause semblait perdue; le peuple courut s'agenouiller devant les autels; les religieuses processionnèrent autour des murailles, pieds nus, chantant les psaumes.

Des femmes, mêlant des pratiques superstitieuses à ces actes de dévotion, trempèrent devant le Saint-Sépulcre, dans des cuves pleines d'eau froide, "leurs filles jusqu'au col", et elles leur coupèrent les cheveux, croyant ainsi apaiser la colère de Dieu, dont la sainte cité avait été si longtemps profanée par des fidèles impurs. Des orateurs rappelaient à leurs ouailles ce qui les attendait si Jérusalem tombait entre les mains des musulmans. Qu'ils se souviennent des termes de la capitulation que le commandeur des croyants Omar avait accordée aux chrétiens habitant la Syrie, termes repris dans la correspondance qui fut à l'époque échangée entre les différentes communautés chrétiennes d'Orient et les autorités musulmanes :
"Nous, chrétiens, nous nous sommes engagés de n'entreprendre dans nos villes aucune nouvelle construction telle que couvent, église, chapelle ou cellule de moine; de ne restaurer aucun de ces édifices se trouvant dans les quartiers habités par les musulmans; de n'interdire à aucun musulman de faire halte dans nos églises, soit de nuit, soit de jour; d'héberger et nourrir pendant trois nuits les musulmans de passage; de manifester ostensiblement le respect que nous devons aux musulmans, soit en nous levant pour eux de nos sièges dans nos réunions lorsqu'ils désirent s'asseoir, soit en ne portant point, dans le but de leur ressembler, le bonnet des nomades, le turban, la double chaussure et en ne séparant point vos cheveux comme ils le font. Nous ne monterons pas sur des selles, nous ne parlerons point leur langue, nous ne ceindrons pas le sabre; nous ne graverons pas sur nos cachets des caractères arabes; nous ne vendrons pas de vin. Nous ne décorerons pas nos églises de la croix à l'extérieur; nous n'exhiberons ni nos croix, ni nos livres sur les chemins ou dans les souks; nous éviterons de faire du bruit avec nos crécelles dans nos églises. Nous n'élèverons pas la voix en accompagnant nos morts; nous ne les escorterons pas avec des lumières sur aucune des routes fréquentées par les musulmans, ni dans leurs marchés, et nous ne les enterrerons pas à côté de leurs cimetières. Nous ne regarderons pas les musulmans dans leurs habitations". Telle était la condition des chrétiens sous les califes orthodoxes; c'est-à-dire les quatre premiers califes qui succédèrent à Mahomet, et les docteurs de l'islamisme s'appuyèrent constamment sur ces conventions jusqu'à l'époque des Croisades. Les chrétiens d'Orient allaient-ils redevenir des parias dans la sainte cité de Jérusalem ?
Tandis que vers le ciel s'élevait l'ardente prière et que les défenseurs se préparaient pour le suprême assaut, Saladin ouvrait partout des, brèches dans les murs d'enceinte. Jérusalem était en grand péril et pour éviter sa destruction Balian II d'Ibelin voulut renouer les négociations. D'autant plus que la communauté grecque orthodoxe complotait contre la sûreté des chrétiens latins. Tandis que l'ennemi était aux portes, les Grecs, ou meikites, qui avaient toujours entretenu des relations cordiales avec Saladin, et qui "portaient une haine mortelle aux latins", lit-on dans l'Histoire des Patriarches d'Alexandrie, se désolidarisaient ouvertement de la cause commune. Ils avaient même formé le dessein d'égorger les Francs pour faciliter la tâche de Saladin. Balian II d'Ibelin se rendit à l'ost du sultan, avec Rénier de Naplouse et des délégués des ordres des Templiers et des Hospitaliers. Le Kurde les accueillit avec humeur, leur reprocha de n'avoir point voulu s'entendre avec lui afin d'épargner le sang des combattants et il les menaça :
"Regardez les murs de Jérusalem qui s'écroulent! Voyez mes soldats qui vont entrer par toutes les portes de la ville! Je pénétrerai dans Jérusalem l'épée à la main et je purifierai par le sang des chrétiens ces lieux sacrés que vous avez souillés en y massacrant inutilement tant de musulmans, lorsque vous y êtes entrés pour la première fois, l'an 491 de l'hégire". Balian proposa cent mille dinars au nom des habitants. Beha ed-Dîn raconte que Saladin fit alors remarquer à son interlocuteur que ses étendards flottaient déjà près de la Tour de David et que ce n'était nulle part la coutume d'offrir des conditions de capitulation honorables à une ville presque prise. Le gouverneur de Jérusalem, avant de prendre congé, eut cette fière réponse :
"Ne croyez pas que Jérusalem manque de défenseurs! Nous nous retrancherons dans chaque quartier de la ville. Nous avons cinq mille otages. Ils périront de notre main en même temps que nos femmes et nos enfants. Ne soyez pas inexorable; en nous acculant au désespoir vous fortifierez notre détermination et les graves excès engendrent les pires cruautés. Nous ne désirons pas que Jérusalem disparaisse dans les flammes, ni que les mosquées les plus belles de l'Islam soient à jamais détruites en des combats malheureux. Que feriez-vous devant des ruines ?
Où retrouveriez-vous la Qubbat al Sakhra, le Mesjid el Aqsâ et tant d'autres lieux saints de Jérusalem que vous vénérez et que nous respectons ?
Croyez-vous qu'il ne soit point malséant de marchander de la sorte le sort d'une ville qui nous est chère à tous ?
Si Dieu nous refuse présentement la victoire, nous savons cependant que Dieu nous accordera une mort glorieuse et le pardon de tant de fureurs sacrilèges en ces lieux". Les chroniques rapportent que Saladin, bouleversé par ce tableau d'horreurs, pria les plénipotentiaires chrétiens de revenir le lendemain afin qu'il pût consulter les docteurs de la Loi.

Ceux-ci décrétèrent que la foi du serment fait par Saladin "de pénétrer dans Jérusalem l'épée à la main" ne pourrait point être considérée comme étant violée si les chrétiens se rendaient à discrétion. Et comme il n'était point dans son naturel d'être violent, et afin d'épargner à Jérusalem les horreurs de la guerre — ce qui satisfaisait son désir secret — Saladin convint avec le gouverneur de Jérusalem que les communautés religieuses pourraient acheter leur liberté aux conditions suivantes :
Les hommes paieraient dix dinars tyriens, les femmes cinq, les enfants deux.

Pour les vingt mille pauvres qui ne pouvaient payer leur rançon, un prix forfaitaire de trente mille écus fut convenu. Ces articles furent signés le vendredi 27 de la lune de Redjeb, 583 de l'hégire. Les musulmans ne manquèrent pas de se souvenir de la prédiction faite autrefois par un poète à Saladin :
"Vous avez soumis Alep. Mais vous ferez une conquête plus brillante dans la lune de Redjeb, celle de Jérusalem". Cet événement glorieux dans les annales de l'islamisme fut d'autant plus considéré comme une preuve de la protection d'Allah qu'il coïncidait exactement avec l'anniversaire d'une fête célébrée le même jour, celle du voyage miraculeux que Mahomet fit dans une nuit de La Mecque à Jérusalem, et pendant lequel il vit les sept cieux de l'enfer et du paradis, et Allah derrière soixante-dix mille rideaux de lumière séparés chacun par cinq cents ans de distance.

 

 

Et le 2 octobre 1187

 

 

Sous le règne de Nasîr ed-Dîn, calife abbasside de Bagdad, d'Isaac l'Ange, empereur d'Orient, de Frédéric Barberousse, empereur d'Occident, de Philippe Auguste, roi de France, de Henri II, roi d'Angleterre, Saladin occupait la citadelle de Jérusalem, un peu avant la prière de midi. La joie des musulmans fut immense. Une multitude de cadis, de poètes, de juristes, de derviches, de fakirs accourut d'Egypte et de Syrie pour féliciter le plus illustre des sultans.

 

 

 

Quant aux chrétiens, ils ressentirent douloureusement la perte des lieux saints

 

La lettre que Thierry, Grand Précepteur de l'ordre des Templiers, adressa au roi d'Angleterre, le lendemain de la chute de Jérusalem, est éloquente :
"Sachez, grand roi, que Saladin s'est rendu maître de la ville de Jérusalem et de la Tour de David; les chrétiens n'ont la garde du Saint-Sépulcre que jusqu'au quatrième jour après la fête de saint Michel prochain; il est permis aux frères Hospitaliers de rester encore un an dans leur maison pour prendre soin des malades; les chevaliers de cet ordre qui sont dans le château de Beauvoir se distinguent tous les jours par différentes entreprises qu'ils font contre les Sarrasins; ils viennent d'enlever deux caravanes aux Infidèles, et ils ont trouvé dans la première les armes et les munitions de guerre que les Turcomans transportaient de la forteresse de la Fère, après avoir détruit cette place. Carac, voisin de Montréal, le Montréal, Saphet, un autre Carac, et Margat, qui appartiennent aux Hospitaliers, Castel-Blanc, Tripoli et Antioche se maintiennent encore contre tous les efforts des Turcs. Saladin a fait abattre la grande croix qui était posée sur le dôme de l'église bâtie à la place du Temple de Salomon. Et pendant deux jours, la sainte croix a été traînée dans les rues, foulée aux pieds et couverte de boue. Par une sorte de purification, le sultan a fait laver d'eau de rosés par dedans et par dehors cette église, qui était l'ancienne mosquée édifiée par Omar, et il y a établi le culte musulman, en y proclamant à haute voix la loi de Mahomet". "Jamais, les Francs, peut-on lire dans la Chronique de Moudjîr ed-Dîn qui vivait au XVe siècle, depuis le jour où ils étaient venus en Syrie, en l'an 1097 jusqu'à cette époque, n'avaient éprouvé un tel désastre. Quelques-uns d'entre eux s'enfuirent jusqu'au fond de l'Occident où ils représentèrent la figure du Messie et celle du Prophète; ce dernier, tenant un bâton à la main, poursuivait, pour le frapper, le Messie qui fuyait devant lui. Par ce spectacle, ils excitaient les peuples infidèles à s'unir pour envahir de nouveau les contrées de l'islamisme et faire la guerre à Saladin". (Traduction de Henry Sauvaire.) "C'était un spectacle attendrissant, raconte encore un chroniqueur de l'époque, de voir les chrétiens s'embrasser les uns les autres, se demander pardon de leurs haines, de leurs divisions, lever les mains vers le ciel en gémissant, baiser avec respect les murailles des églises qu'ils ne devaient plus revoir, se tenir prosternés dans le Saint-Sépulcre le visage collé contre terre, et pleurer là où leur Sauveur était mort".

 

 

Le partage du butin et de Jérusalem

 

Saladin ne voulut rien garder pour lui des richesses qui lui furent remises, et il les fit partager entre les émirs, les soldats et les juristes qui l'avaient accompagné à Jérusalem. En maintes occasions, il fit preuve de mansuétude à l'égard des chrétiens les plus humbles, cherchant à leur épargner les rigueurs de leur nouvel état. Il ordonna que les malades fussent laissés dans les hôpitaux où ils étaient soignés par les frères Hospitaliers. Il laissa l'église du Saint-Sépulcre aux Grecs et aux Syriens. Sur son ordre et sur celui de son frère Adel, quinze cents chrétiens pauvres furent dispensés de payer leur rançon. Lorsque les chrétiens quittèrent Jérusalem, il fit placer des corps de garde dans la ville afin qu'aucune violence ne se produisît. Il voulait ainsi interdire toute vengeance, et imposer aux siens la clémence après la victoire, la loyauté dans la guerre. Après avoir pris ces précautions pour protéger la sortie de ceux qui préférèrent partir, il fit fermer les portes de Jérusalem, moins celle de David, et le long cortège des vaincus passa devant lui. Héraclius, patriarche de Jérusalem, parut le premier, suivi du clergé séculier et régulier. Il emmenait avec lui les vases sacrés, les orfèvreries, les tissus, le trésor du Saint-Sépulcre. L'historien Al Imâd fit remarquer au sultan que ces richesses devaient être considérées comme biens immobiliers et, en vertu du traité, rester sur place car, à ce titre, elles appartenaient au vainqueur. Saladin en convint, mais il préféra ne point contester l'appartenance des biens du Saint-Sépulcre et il laissa passer le bagage "car il y a plus de pureté dans la vraie foi des croyants que dans l'or des vases sacrés". Le gouverneur de Jérusalem venait ensuite, en tête de la noblesse syrienne et franque, et des notables de la ville. Des femmes se jetèrent aux pieds du sultan. "Nous avons tout perdu, lui dirent-elles, nos maisons, nos biens, notre patrie.
Nous allons errer comme des malheureuses dans un pays qui nous est devenu étranger et hostile. Mais, Seigneur, vous pouvez adoucir nos maux en nous rendant nos maris, nos frères, nos enfants que vous retenez prisonniers". Saladin fit rechercher parmi les captifs ceux que ces épouses réclamaient et il leur rendit la liberté. Il fit plus encore :
Il combla ces femmes de présents et de provisions.

Les chrétiens furent accompagnés par les musulmans jusque sur les terres de Bohémond d'Antioche. On raconta que les chrétiens d'Antioche et les chevaliers du comte de Tripoli accueillirent sans enthousiasme leurs frères de Jérusalem; certains chroniqueurs prétendent qu'ils les firent occire à l'occasion, qu'ils les dépouillèrent autant qu'ils le purent, et leur interdirent de pénétrer dans leurs villes. Existèrent-ils vraiment, ces misérables qui accablèrent de maux ceux que le plus grand ennemi de leur race et de leur religion traita avec tant d'humanité ?
Repoussés du comté de Tripoli et de la principauté d'Antioche, les malheureux refluèrent vers le sud. Saladin leur fit distribuer des tentes et nourrir gratuitement jusqu'à ce qu'ils pussent s'embarquer pour l'Occident. Il en fit conduire un grand nombre à Alexandrie dans l'espoir que leur retour serait hâté. Mais, là aussi, ils connurent toutes sortes de difficultés. En effet, les commandants des flottes génoise, pisane ou vénitienne ne voulaient prendre à leur bord pour les ramener en Europe que ceux qui pouvaient leur payer le prix du voyage et se pourvoir avant d'embarquer des nourritures nécessaires pour toute la durée du séjour à bord. Lorsque les commandants des vaisseaux venaient, selon l'usage, demander au gouverneur du port de leur rendre leur gouvernail et que ce dernier s'étonnait d'apprendre qu'ils embarquaient si peu de chrétiens de Jérusalem parmi ceux qui devaient être rapatriés, et qui attendaient depuis des mois de pouvoir quitter l'Orient, les marins osaient répondre que ceux qu'ils laissaient à terre étaient de pauvres gens et qu'ils ne pouvaient pas les transporter gratuitement. Évidemment, le moindre ballot d'épices faisait mieux leur affaire. Les fonctionnaires musulmans durent assurer le ravitaillement des chrétiens qui eurent la chance de trouver une place; ils durent en outre faire promettre aux commandants des vaisseaux de ne point débarquer les chrétiens qu'ils prenaient en charge, et qui devenaient des "protégés musulmans », ailleurs que dans des ports de France ou d'Italie sous peine d'encourir la juste colère de Saladin.

Lorsque les chrétiens eurent quitté Jérusalem, Saladin y fit son entrée officielle. De toutes les parties de l'Orient, des ambassadeurs accoururent pour le féliciter de sa victoire sur la chrétienté et saluer en lui "l'épée de l'Islam". Après les cérémonies et les festivités, il restaura l'autorité des musulmans à Jérusalem. Les chrétiens ayant opté pour demeurer dans la ville sainte payèrent une taxe de capitation qui assurait leur sécurité. Le célèbre jurisconsulte Isa régla, la situation des diverses minorités catholiques. Quatre prêtres de l'église de la Résurrection furent autorisés à résider à Jérusalem et exemptés de tout impôt.

D'après Abou Horayrah, le Prophète a dit :
"Parmi toutes les villes, Allah en a choisi quatre de préférence; ce sont La Mecque qui est el baldeh, "la ville par excellence" ; Médine qui est en nakhiet, "la ville du dattier" ; Damas qui est et tyn, "la ville du figuier" ; enfin Jérusalem qui est ez zeytouneh, "la ville de l'olivier". D'après Khaled ibn Ma'dan, le Prophète a dit :
"L'eau du puits de Zem-Zem qui se trouve à La Mecque, et la Fontaine de Siloé, qui se trouve à Jérusalem, sont des sources du paradis". Le cadi Moudjîr ed-Dîn, qui mourut en 1521, rédigea un important travail consacré à la topographie de Jérusalem et à son histoire depuis Abraham jusqu'au XVe siècle de l'ère chrétienne, et sa Chronique est souvent citée par Reinaud dans sa Bibliothèque des Croisades. Nous lui devons la description de ce qu'était Jérusalem à l'époque de Saladin :
"Jérusalem est une cité immense et solidement bâtie. On y trouve dans le sous-sol d'un grand nombre de monuments des constructions très anciennes; les maisons sont entassées dans les vallées et sur les collines; si on pouvait les espacer, les embellir avec des patios et des jardins, comme cela se fait dans la plupart des villes de l'Islam, Jérusalem serait deux ou trois fois plus étendue qu'elle ne l'est actuellement. Il s'y trouve de nombreuses citernes préparées pour recevoir l'eau, car l'eau qui sert à l'alimentation des habitants se recueille des pluies. Dans la citadelle de David, on y bat chaque soir le tambour, une heure après le coucher du soleil. Les constructions de Jérusalem sont extrêmement solides, toutes en quartiers de pierre de taille et voûtées; il n'entre pas une brique dans la bâtisse ni une pièce de bois dans les toitures. Les voyageurs prétendent qu'il n'y a pas, dans tout l'empire de l'Islam, une autre ville dont les constructions soient plus solides, et dont l'aspect soit aussi agréable que celui de Jérusalem, car le spectacle qu'offre de loin cette sainte cité, au milieu de son éclat éblouissant, est absolument unique. La vision la plus inoubliable est celle dont on jouit du côté de l'Orient, quand on se trouve sur le mont des Oliviers. Il faut six journées de marche, au pas des bêtes de charge, pour faire le tour des collines escarpées et pierreuses sur lesquelles Jérusalem est bâtie. Lorsqu'Allah accorde au pèlerin la grâce de parvenir, par la rue de la Vallée-des-Moulins, jusqu'au seuil de l'auguste Mesjed el Aqsâ, ou au Maqâm vénéré d'Abraham, celui-ci éprouve alors un pur sentiment de joie et de ferveur, et il oublie les peines et les fatigues qu'il a endurées lorsqu'il aperçoit ces glorieux sanctuaires et la merveilleuse coupole de la mosquée d'Omar, resplendissante dans la lumière. Il ressentira dans son cœur l'allégresse des vrais croyants en ces lieux qui virent en des temps déjà si lointains Salomon se tenir debout, lorsque après avoir achevé la construction du Temple; il adressa au Dieu d'Israël une ardente prière... Il ira se prosterner et méditer, en homme juste et pieux, devant "l'Empreinte du Pied de Mahomet", empreinte que le Prophète laissa sur une roche de la Grotte des Esprits lorsqu'il s'éleva vers le ciel, en cette fameuse nuit de Jérusalem, sur sa jument El Boraq, pour visiter le paradis, et pendant laquelle il vit les houris de Mahomet avec les yeux de la chair...

Saladin se fit raconter l'histoire des musulmans célèbres qui séjournèrent dans la ville sainte, tels que celle de Mohammed ibn Karrâm, le théologien scolastique, qui créa la secte des Karrâmites et qui était enterré auprès des tombeaux des prophètes, près de l'ancienne Porte de Jéricho; celle de Sâieh ibn Yousef Abou Cho'Ayb, qui fit quatre-vingt-dix fois le pèlerinage de La Mecque à pied.

Il fit découvrir le Mihrâb que les Templiers avaient muré. Son prédécesseur, Nûr ed-Dîn le Martyr, avait conçu le projet de reprendre Jérusalem aux chrétiens et, dans cette pieuse pensée, il avait fait faire à Alep une chaire incrustée d'ivoire et d'ébène qu'il destinait à la plus belle mosquée de la ville sainte. Mais la mort le surprit et la prise de Jérusalem s'accomplit par "celui qu'Al-lah avait choisi, le sultan Saladin", qui fit apporter la précieuse chaire de Nûr ed-Dîn et la déposa dans la mosquée El Aqsâ, où elle se trouve toujours. Saladin installa un imam habile dans la lecture du Coran dans l'église construite sur la Roche par les chrétiens et il le dota, à titre de waqf, d'une maison et d'une terre. Il y fit aussi déposer des exemplaires du Coran avec leurs étuis. Après avoir consulté les ulémas de sa maison sur l'établissement d'un collège pour les jurisconsultes chaféites et d'un hospice pour héberger les pauvres et vertueux personnages de l'ordre des sûfis, Saladin choisit pour les recevoir l'Église Sainte-Anne, située près de la Porte des Tribus, et le palais de l'ancien patriarche de Jérusalem qui se trouvait près du Saint-Sépulcre. Il ne voulut tenir aucun compte de la stupéfiante supplique que devait lui adresser le roi d'Angleterre qui le priait "d'interdire aux chrétiens, de passage à Jérusalem, la visite des lieux saints à ceux qui se présenteraient sans être munis d'une lettre portant son sceau" ! L'historien arabe Imad ed-Dîn relate que, quelques zélés musulmans ayant conseillé à Saladin de détruire le Saint-Sépulcre en prétendant qu'une fois que le tombeau du Messie serait comblé et que la charrue aurait bouleversé cette terre sacrée, il n'y aurait plus aucun motif pour les "Infidèles" d'y venir en pèlerinage, Saladin répondit qu'il était convenable d'épargner ce monument religieux. Il ajouta que ce n'était pas l'église, mais le calvaire et le tombeau de Jésus-Christ qui étaient l'objet de la dévotion des chrétiens et que, "lors même que la terre eût été jointe aux cieux", les nations chrétiennes n'auraient point cessé d'affluer à Jérusalem. Il fit également observer que, lorsque le calife Omar, dans le premier siècle de l'islamisme, se rendit maître de la ville sainte, il permit aux chrétiens d'y demeurer et il respecta leurs églises quoiqu'il eût trouvé la Sakhra couverte d'une épaisse quantité d'immondices que les Grecs y avaient déposées parce qu'ils haïssaient les musulmans.

Saladin fit purifier toutes les mosquées de Jérusalem et, en particulier, il fit laver avec des eaux que l'on alla chercher à Damas la mosquée de Jacob. Le Templum Domini redevint la Qubbat el Sakhra et le palais de Salomon la mosquée El Aqsâ, illuminée par vingt mille lampes dans la nuit de cha'bân ! Allah est grand ! Après avoir été longtemps stable sous les califes aristocratiques de Bagdad, la puissance politique de l'Islam allait croître dangereusement et la chute de Jérusalem porter ses fruits amers. Pour tenter sans succès de reprendre la ville sainte, il faudra que l'Europe chrétienne unisse toutes ses forces et s'acharne à combattre. Jusqu'au fond des campagnes, dans les plus humbles bourgades, le nom de Saladin sera craint et maudit. Quel dommage peut-être, pour l'histoire des peuples musulmans, qu'un grand empire arabe ne se soit pas fondé sur les ruines du royaume franc de Jérusalem... Jusqu'alors le Kurde avait été partout victorieux certes, mais il était dans l'incapacité de mettre en place une sérieuse administration d'État sans laquelle les plus belles conquêtes militaires risquent de rester improductives. Il était entouré de valeureux compagnons d'armes, mais non pas de fonctionnaires habiles à exploiter la gloire des soldats et à préparer l'avenir. Après Jérusalem, Saladin se trouvait à la tête d'un empire immense qu'il ne pouvait ni administrer ni contrôler en ses contrées lointaines. Certes, son influence personnelle, le prestige de sa gloire adoucissaient l'humeur des ennemis qu'il pouvait avoir à Bagdad, à Damas ou au Caire, mais que deviendrait après lui cet empire diffus qu'il avait créé en compagnie des cavaliers du désert ?

Est-il exact, ainsi que l'ont prétendu certains historiens, que les Juifs purent se réjouir du triomphe de l'Islam et de l'éviction des chrétiens dans le Proche-Orient ?
Bénéficièrent-ils vraiment du désastre de la chrétienté comme ils avaient autrefois, en Espagne, trouvé quelque profit lors de la chute du royaume wisigoth de Tolède ?
Le poète juif espagnol Jehuda al Harizî, qui visita Jérusalem en 1216, nous dit expressément que la reconquête de la ville sainte par les musulmans fut suivie d'une immigration juive, immigration sollicitée par Saladin en personne :
"Le sage et vaillant chef d'Ismaël (Saladin), après avoir pris Jérusalem, fit proclamer par toute la contrée qu'il recevrait et accueillerait la race d'Éphraïm, de quelque part qu'elle vînt. Aussi, de tous les coins du monde, nous sommes venus y fixer notre séjour, et nous y demeurons heureux, à l'ombre de la paix".

Après la période des festivités et des purifications, après avoir écouté les discours des poètes évoquant avec lyrisme la fastueuse épopée et le nom du héros, Saladin se remit en campagne car il désirait harceler les chrétiens qui avaient encore en leur possession les principales villes de la côte. Il prépara l'investissement de la citadelle de Tyr dont la conquête, au point de vue de la conduite future de la guerre, était plus importante pour lui que celle de Jérusalem. Et comme l'hiver approchait, il se hâta de faire faire mouvement à ses troupes et il fit mettre en place les approvisionnements nécessaires.

 

Saladin le plus pur Héros de l'Islam

 

Saladin remit son âme à Dieu

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Le mercredi 4 mars 1193, à l'âge de cinquante-six ans, après la prière du matin, Saladin rendit l'âme, tandis qu'Ahû J'affer, imam du Kellasâ, lui récitait les versets du Coran. "Les ténèbres succédèrent à l'éclat du jour quand cet astre arrivé à son déclin disparut dans la nuit du 27 Safer. Avec lui, les sources de la lumière s'obscurcirent, avec lui moururent les espérances des hommes. La générosité disparut et l'inimitié se répandit"... (El Imad, op. cit.)

Récit de Mohammed Ibn el Kadessi :
"Ce fut le samedi 13 de Rebi'l (19 mars) que l'on apprit à Bagdad la mort de Salah ed-Dîn Yousouf, fils d'Ayûb. Il est raconté qu'on déposa avec lui dans sa tombe le sabre qu'il avait porté pendant la guerre sainte ; on agit ainsi sur le conseil de son fils El Fâdel, qui aurait ajouté ces paroles :
"C'est sur ce sabre que Saladin s'appuiera pour entrer dans "le paradis d'Allah".
El Fâdel fournit le linceul. Il lava le corps de son père et l'ensevelit, assisté du prédicateur de Damas.

On m'a rapporté qu'on vit en songe Mahomet, entouré de ses Compagnons, venir visiter le tombeau de Saladin peu de jours après que la dépouille du grand sultan y fut déposée ; devant la grille en fer incrusté de nacre, devant le choubbak, les visiteurs venus du ciel se prosternèrent.

La nuit pendant laquelle mourut Saladin, quelqu'un entendit dans la citadelle une voix qui disait :
"Cette nuit, Yousouf "est sorti de sa prison", ce qui est conforme à cette sentence du Prophète :
"Ce monde est la prison du vrai croyant et "le paradis de l'Infidèle".
Saladin est mort !
Saladin est mort !
Saladin est mort !
Et le soleil a disparu dès le matin. L'âme du monde s'est envolée, et avec elle tant d'autres âmes. Le glaive de Dieu, qui menaçait toujours les ennemis de notre foi, est rentré au fourreau. La terre ne possède plus la montagne qui l'empêchait d'osciller, le mont Kaf fixant la stabilité de l'univers. (Coran, chap. lxxviii, verset 7.)

En perdant son défenseur, Naçer, l'Islam reste comme une mère pleurant son fils unique... Saladin est mort, et il n'est pas un seul homme que cette nouvelle n'ait frappé de stupeur et qui ne se soit senti atteint dans son cœur et dans son intelligence".

Le plus pur héros de l'Islam mourut dans une extrême pauvreté, laissant pour toute fortune quarante-sept dinars et une pièce d'or tyrienne.

Ses familiers durent emprunter de l'argent pour couvrir les frais des funérailles, et le cadi El Fâdel offrit les vêtements d'apparat et le linceul. Et pourtant, par deux fois dans sa vie, à la mort du calife fatimide El Adid et à celle de l'atabeg Nûr ed-Dîn, Saladin eut l'occasion d'acquérir d'immenses richesses. Il partagea entre ses soldats et ses partisans les trésors du calife qui avait régné sur l'Egypte, et il refusa de se réserver la moindre parcelle de la colossale fortune de Nûr ed-Dîn, le remettant intacte entre les mains des fils de celui-ci.

Le deuil fut général car, note Beha ed-Dîn, depuis la perte des quatre califes légitimes, l'islamisme n'avait pas reçu un coup pareil. Des prières furent dites pour le repos de son âme dans les mosquées de La Mecque et de Médine, honneur qui n'était habituellement rendu qu'aux seuls califes.

Et le corps de ce pieux soldat fut transporté un peu avant la prière de l'asr dans les jardins du Palais d'Été.

 

Le dernier tombeau de Saladin

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Quelques années plus tard, il reçut dans la Madrasa al Azîzîya, près de la Grande Mosquée, sa demeure définitive et, depuis, son âme dort en paix en cette cité sainte de Damas dans la lumière d'une gloire qui croît de siècle en siècle.

Voici ce qu'écrit El Imad, dans son livre intitulé Otba ez Zeman, la Faveur du Siècle :
"Quand le sultan mourut à Damas, son fils, El Afdal, chercha longtemps en quelle place il devait l'enterrer. Il prit conseil et on l'engagea à faire édifier un tombeau près de Mesdjid el-Kadem, la "Mosquée du Pied", où un grand nombre de savants jurisconsultes et de dévots étaient enterrés. (Cf. Sauvaire, Description de Damas, Journal asiatique, 9e série, t. vil et t. vi.) On lui rappela que lorsque Saladin tomba gravement malade à Mossoul, en 1185, il avait recommandé qu'on l'enterrât à Damas dans la partie méridionale du Méidan el Haça, la Place aux Cailloux, de sorte que sa tombe, se trouvant sur la voie la plus fréquentée, celle des caravanes, tous les passants et les voyageurs venus de très loin pourraient prier pour lui, et que les troupes partant pour la guerre passeraient dans son voisinage.

En conséquence, El Afdal ordonna de construire le tombeau de Saladin près de Mesdjid el-Kadem, et chargea de ce soin Bedr ed-Dîn Mawdoûd, gouverneur de Damas, Mais l'année où les travaux commencèrent coïncida avec l'arrivée d'El Aziz qui mit le siège devant Damas et détruisit tout ce qui était déjà édifié.
Plus tard, le 15 décembre 1195, le corps de Saladin fut transporté dans une koubbah (chapelle funéraire) attenante à la mosquée, et construite sur l'emplacement d'une maison qui avait appartenu à un pieux personnage.
Le corps fut porté dans la koubbah par les mameluks, les eunuques et les familiers les plus intimes du défunt. Après qu'il eut été mis au tombeau, El Afdal pénétra seul dans le mausolée auquel était confié le précieux dépôt, et pendant trois jours et trois nuits il médita devant le tombeau de son père".
C'est ce mausolée couvert par une coupole à côtes que l'on peut visiter aujourd'hui à Damas, entre deux vieilles madrasas.
Ce monument funéraire était depuis fort longtemps abandonné lorsque l'empereur Guillaume II, qui visita Damas à la fin du siècle dernier, fut ému par son état de délabrement. Il le fit restaurer et offrit une lampe d'argent habilement gravée à son chiffre et à celui du sultan Abdûl Hamid.
A côté du cercueil de Saladin se trouve celui de son secrétaire Beha ed-Dîn, le meilleur et le plus fidèle compagnon de sa vie.
A l'ouest du mausolée, le visiteur remarquera de belles faïences turques du XVIIe siècle sur lesquelles court une inscription rappelant aux vrais croyants que "Saladin délivra Jérusalem, troisième ville sainte de l'Islam après La Mecque et Médine, de la présence des Infidèles".

Maître de l'Egypte, de la Syrie du Sud et de la Syrie du Nord, de la Palestine, du Haurân, de la Transjordanie, de la Djézireh, de la Mésopotamie, du Yémen, le vainqueur des turbulentes dynasties ortoqides de Mardin, des Zengîdes de Mossoul, des Arméniens, celui qui supprima le califat fatimite au profit de celui de Bagdad. Celui qui mit de l'ordre dans les affaires des atabegs syriens, celui qui reprit Jérusalem aux Francs et mena contre eux pendant vingt ans une guerre sans merci, laissa pour toute fortune à ses dix-sept enfants, outre un empire, quarante-sept dinars et une piécette d'or !

Plus d'une fois, il lui arriva de manquer du nécessaire et la place de trésorier n'était pas auprès de lui une sinécure. Et ceux de ses fils qu'il n'avait point pourvus d'un gouvernement quelconque parce qu'ils étaient trop jeunes n'eurent d'autre ressource, après la mort de leur père, que d'aller gagner leur vie au service des frères, des oncles ou des neveux qui s'entredévoraient déjà comme des loups autour de l'héritage politique de Saladin.

 

 

L'histoire se souviendra de ce Pur Héros de l'Islam

 

Saladin restera dans l'histoire de l'islamisme comme l'une de ses plus éminentes figures. Au moment où l'Europe se remettait à peine de ce terrible choc psychologique qu'elle avait reçu à l'époque des invasions musulmanes, au moment où Byzance jusqu'alors si redoutée, mi-asiatique mi-chrétienne, laissait massacrer en Asie Mineure les armées des premières croisades, brisant ainsi l'impétuosité des courants populaires de la guerre sainte contre l'Islam, Saladin, âme d'un Islam resté jeune, sain, dynamique, apparaît sur la scène de l'Histoire.

Il accroît sa puissance, à ce moment particulièrement favorable pour conduire la guerre contre une chrétienté moins ardente qu'un siècle auparavant. Sans aucun doute, l'idéal religieux dans la lutte est du côté de Saladin.

Chasser définitivement les chrétiens de Syrie, de Palestine et de leurs fiefs secondaires de Mésopotamie qui représentaient une menace contre Bagdad, siège du califat, tel fut le souci d'un règne qui ne fut qu'une longue suite de batailles.

Recommencer au profit des fidèles de Mahomet l'aventure romaine dont l'empire était précisément formé par la Méditerranée et par les terres qu'elle baignait, telle fut l'ambition de Saladin.

L'Egypte ayyûbide et sa marine sont le contrepoids de la puissance byzantine dont les flottes échouent devant Alexandrie et devant Damiette.

Après son éclatante victoire de Hattîn qui lui livre Jérusalem et la Palestine, il apparaît bien que la position de la chrétienté en Orient va devenir rapidement intenable.
C'est alors que se produit un fait considérable :
Saladin, maître de presque toute la côte, au lendemain d'une victoire qui a douloureusement retenti dans l'Europe inquiète, échoue devant une poignée d'hommes retranchés sur le mémorable rocher de Tyr, qui deviendra ainsi la base de la lente mais sûre reconquête franque.

Dès lors, la fortune politique de Saladin semble fixée. Les grandes choses sont accomplies. Les émirs commenceront à se lasser d'une vie qu'il faut mener à cheval, sans repos, sans beaucoup de profit. Jusqu'à ce siège de Tyr, jusqu'à cet échec, l'action politique de Saladin ne cesse de s'étendre. Il a refait l'unité syrienne et, du Nil au Tigre, l'empire ayyûbide se fortifie d'année en année.
Saladin possède trois capitales : Le Caire, Damas, Alep. A Bagdad, on le flatte, on le craint peut-être ; à Mossoul, foyer traditionnel des rébellions contre les Syriens, on reconnaît son autorité.

Après Tyr, après la malheureuse affaire d'Acre dont le sultan ne pourra sauver la garnison, sa vie politique est terminée. Il faudra marchander avec le rusé roi d'Angleterre qui, venu au dernier moment et sans victoire éclatante et décisive, pourra tout de même traiter d'égal à égal avec Saladin qu'il n'a point battu sur le terrain militaire, mais qu'il a su user en le traînant, de négociation en négociation, jusqu'à cette fameuse paix de l'été 1192 qui fut accueillie avec enthousiasme par tout le monde.

On pourra remarquer que, depuis Tyr, jamais le zèle religieux de Saladin n'a été aussi vif. Une exaltation religieuse le possède. Il lit lui-même à ses enfants le traité que Kotb ed-Dîn en Nîsâbûri avait expressément composé pour lui. Quand il ne peut pas assister à la prière solennelle du vendredi, il fait venir l'imam chez lui et, s'il est malade, il se contraint à se lever pour écouter la prière. Il tient exactement le compte des jours pendant lesquels il doit jeûner.
Quand il passe la nuit sous sa tente de campagne, la sentinelle qui le garde a l'ordre de lui lire des versets du Coran.

 

 

Les Francs se préparent à la reconquête

 

Alors que les Francs reçoivent sans cesse de nouveaux et importants renforts à Acre, alors que deux rois prennent le chemin de la Terre Sainte qu'il vient de conquérir, et que le bruit se répand en Orient que le Pape désire prendre part en personne à la croisade contre Saladin. La lettre suivante qu'il adressa au calife pour réclamer son appui, témoigne bien de son fanatisme :
"Les chrétiens reçoivent sans cesse de nouveaux secours plus nombreux que les flots de la mer, plus amers pour nous que ses eaux saumâtres. Quand il en périt un sur terre, il en arrive mille par mer. La semence se trouve plus abondante que la moisson. Ces ennemis de Dieu se sont fait de leur camp une forteresse inexpugnable. Ce n'est pas qu'il n'en ait déjà péri un grand nombre, mais nos compagnons commencent à se lasser d'une guerre aussi longue ; hâtons-nous d'implorer le secours du Seigneur. Dieu, sans doute, nous exaucera par considération pour notre maître, le commandeur des croyants. Voilà que le Pape des Francs impose aux chrétiens des pénitences et des dîmes ; il les fait revêtir de deuil, jusqu'à la délivrance du tombeau de leur Dieu. Mais vous qui êtes du sang de notre prophète Mahomet, c'est à vous de faire dans cette circonstance ce que le Prophète ferait lui-même s'il se trouvait au milieu de son peuple, car il nous a confiés, nous et tous les musulmans, à votre garde. Ah ! Plût à Dieu que votre serviteur fût délivré des inquiétudes qui le tourmentent ! Cependant, il a plus que jamais confiance en Dieu. Il attend son salut de lui. Ô mon Dieu ! Je me résigne d'avance à ce qui m'afflige et afflige les miens, pourvu que cela te soit agréable".

Le fanatisme de Saladin, écrit très justement M. Soberheim dans l'excellente notice qu'il consacra à notre héros dans les colonnes de L'Encyclopédie de l'Islam, "ne s'exerça que contre les Croisés en général, mais non contre chacun d'eux personnellement, ni contre les chrétiens soumis à son gouvernement, bien que, lorsqu'il arriva au pouvoir, il tînt d'abord la main à ce que les prescriptions relatives aux vêtements distinctifs des Chrétiens et des Juifs fussent observées strictement. Il suivit la même voie que Nûr ed-Dîn et put passer pour le promoteur de la réaction sunnite contre les tendances persanes du shiisme en matière d'architecture, de littérature et de protocole".

Dans les dernières années de son règne, les rapports personnels entre les musulmans et les chrétiens s'améliorent. Le 29 mars 1192, un prince ayyûbide, El Malik el Adil, est armé chevalier à Acre par le roi d'Angleterre, qui était alors en relations d'amitié avec son père, Saladin.

 

 

Saladin était juste et tolérant

 

Comme administrateur des affaires publiques, Saladin nous est présenté par son meilleur biographe Beha ed-Dîn, qui fut longtemps son secrétaire avant d'aller enseigner à Alep, comme un souverain extrêmement méticuleux.
Il ne voulait remettre à personne le soin d'annoter les requêtes qui lui étaient présentées ; il prenait le temps de consulter les mémoires qui lui parvenaient de tous les points de son empire.
En dépit de ses besoins d'argent pour mener ses guerres, il trouva le moyen de diminuer les impôts. Ami des sciences théologiques, protecteur des savants, Saladin fit en outre construire la fameuse citadelle du Caire et restaurer de nombreux monuments à Jérusalem. La manière dont il rendait la justice est restée célèbre en Orient : lorsque ses affaires le lui permettaient, il tenait lui-même son divan, le lundi et le jeudi, assisté de ses cadis, soit à la ville, soit à l'armée, et il admettait à son tribunal aussi bien les chrétiens que les musulmans.
Devant Saladin, les pauvres avaient les mêmes droits que les riches.
Sa clémence et sa pitié furent telles que l'on eût tôt fait d'entretenir autour de lui une réputation de faiblesse qui encouragea son personnel domestique à édifier sa fortune avec la sienne.
Ses serviteurs le volaient effrontément et ses trésoriers pillaient ses revenus avec d'autant plus de désinvolture que Saladin ne s'en apercevait pas ou ne daignait point attacher à ces choses une trop grande importance.
Ce chef, ce vainqueur de tant de batailles qui ne pouvait pas voir gicler du sang sans éprouver aussitôt un réel malaise, craignait ses émirs, ne voulait point se rappeler leurs offenses, préférant conserver leur amitié par sa douceur et ses générosités.
Lorsqu'une partie des émirs se rebella ouvertement contre lui au cours du siège d'Acre, Saladin, contre toute attente, n'osa pas faire un exemple.

Le miracle, ce fut qu'il se maintint sans violence, sans lois d'exception, sans employer le fer ou le poison, à la tête de l'empire musulman qu'il créa et fortifia en si peu d'années. Et que personne, parmi ses émirs, ses fils, ses amis, ses eunuques, ses mameluks, ne songea à contester ses titres et ses droits, ou à le faire disparaître, à la faveur de l'un de ces interminables banquets orientaux, à la fin desquels, entre les pâtisseries gluantes et épicées et les sorbets à la neige, disparurent tant de princes et tant de héros de l'Islam...

 


Chronologie de l'Islam d'Orient

La naissance de l’empire islamique: 622-661 après Jésus-Christ

- 622 : Fondation, par Mohammad, du premier Etat islamique à Médine ; début de l’ère musulmane.

- 632 : Mort de Mohammad ; Aboû-Bakr est élu calife (khalîfa, "successeur"); soumission de l’ensemble de l’Arabie à l’Islam.

- 634 : ‘Omar est élu calife ; la capitale de l’Etat islamique demeure Médine.

- 635 : Conquête arabe de Damas, en Syrie byzantine ; victoire des Arabes contre les Perses sassanides à la bataille de Qâdesiyeh, en Mésopotamie.

- 637 : Conquête arabe de Jérusalem, en Palestine byzantine.

- 639 : Conquête arabe de l’Egypte byzantine.

- 641 : ‘Othmân (Osman) est élu calife à Médine; il commandera une récension définitive du Coran.

- 651 : Effondrement de la Perse sassanide ; les Arabes atteignent Hérât, alors capitale du royaume indépendant, mais culturellement très iranisé, des Huns Blancs ou "Hephtalites", grands protecteurs du bouddhisme dans la région afghane.

- 656 : ‘Alî, gendre du Prophète, proclamé calife par les troupes arabes en Mésopotamie.

- 661 : Guerre civile entre les conquérants ; ‘Alî meurt assassiné ; Mo‘âwiya, chef du clan des Omeyyades, proclamé calife par les troupes arabes en Syrie ; Damas devient la capitale de l’Empire ; les membres du "parti" (en arabe, shî‘a – d’où "chiites") de ‘Alî, alors surtout nombreux en Irak, entrent en dissidence ; début de la scission entre "sunnites" (Sunna = "tradition"), qui reconnaissent la légitimité des califes Aboû-Bakr, ‘Omar, ‘Othmân (et aussi celle de ‘Alî), puis celle de Mo‘âwiya, et les "chiites" qui récusent tous ces califes autres que ‘Alî, pour affirmer la seule légalité de la succession califale dans la lignée familiale du Prophète à travers son gendre ‘Alî. Le chiisme, dont les rameaux se partageront plus tard entre "chiites des douze" (qui reconnaissent douze imâms légitimes à se succéder à partir de ‘Alî) et "chiites des sept" ou "ismaéliens" (dont la lignée d’imâms se détache à partir de l’imâm Ismâ‘îl ou Esmâ‘îl, septième successeur de ‘Alî), se dotera, par la suite, d’une riche théologie.


II Le califat omeyyade de Damas : 661-750

- 661 : Avènement à Damas, promue capitale, de Mo‘âwiya, premier calife omeyyade.

- 670 : Les Arabes atteignent la Tunisie, alors territoire byzantin ; fondation de Kairouan.

- 680 : Califat de Yazîd Ier ; écrasement des insurgés chiites, par les troupes omeyyades, à Karbalâ, en Irak ; mort sur le champ de bataille du fils de ‘Alî, al-Hosayn ; Karbalâ devient ville sainte pour les chiites.

- 684-685 : Califat de Marwân Ier.

- 685-705 : Califat de ‘Abd al-Malik ; l’arabe remplace le grec et le moyen-perse dans la haute administration ; ‘Abd al-Malik abolit la représentation figurative du calife régnant sur les monnaies, et toute image dans les nouveaux sanctuaires de la Foi : Coupole du Rocher à Jérusalem, Grande Mosquée des Omeyyades à Damas ; naissance de la décoration abstraite musulmane, à partir de modèles végétaux et géométriques byzantins.

- 705-715 : Califat de Walîd Ier ; fresques et mosaïques figuratives dans ses palais et pavillons de chasse, à partir de modèles byzantins ; naissance de l’art figuratif musulman, pleinement admis à la cour, mais banni des sanctuaires.

- 711 : En Occident, les musulmans passent du Maroc en Espagne ; en Orient, ils atteignent l’Indus.

- 715-717 : Califat de Solaymân.

- 717 : Léon III devient empereur à Byzance ; les images, admises à la cour de Constantinople pour célébrer l’empereur, sont cependant désormais bannies des sanctuaires : début de la crise "iconoclaste" ; le prélat orthodoxe Jean Damascène, dit "Mansoûr" en arabe, en sécurité à Damas sous la protection des califes, défend le culte des icônes contre les empereurs dits "iconoclastes" de Byzance.

- 732 : Les Francs arrêtent la progression des musulmans d’Espagne à Poitiers.

- 749-750 : Révolte des provinces orientales nouvellement converties – Transoxiane, Iran, Irak - contre le monopole du pouvoir détenu par les Arabes de Syrie ; les révoltés suivent la bannière noire du clan des ‘Abbâssides, de la famille d’al-‘Abbâs, oncle du Prophète.

- 750 : Mort du dernier calife omeyyade, Marwân II, contre les ‘Abbâssides. Transfert du pouvoir de Syrie en Irak. A la nouvelle cour ‘abbâsside en Mésopotamie, les influences perses sassanides prédominent, de plus en plus, sur celles héritées de Byzance (mais sans les abolir) : naissance de la civilisation classique de l’Islam, synthèse des cultures et des héritages des mondes arabe, hébraïque, byzantin, perse et indien.

III Le califat ‘abbâsside de Baghdâd : première période: 750-1055

- 750-754 : Le calife as-Saffâh pourchasse et extermine les Omeyyades.

- 751 : Heurts en Asie Centrale entre musulmans et chinois à la bataille de Talas près de Samarcande ; des artisans chinois captifs auraient enseigné, aux musulmans, le secret de la fabrication du papier à base de chiffons ; le papier remplacera progressivement partout, en Islam, à partir du tournant des VIIIe et IXe siècles, le papyrus, le parchemin et le vélin ; les chrétiens occidentaux emprunteront son usage aux musulmans d’Espagne à partir du XIIe siècle.

- 754 : Avènement du calife al-Mansoûr ; le scribe iranien converti, Rôzbeh ibn al-Moqaffa‘, traduit en arabe pour le nouveau calife les fabliaux animaliers, d’origine indienne, de Kalîla et Dimna, texte favori des enlumineurs musulmans ; essor de la prose artistique arabe.

- 756 : Indépendance de l’émirat de Cordoue, sous un prince qui se proclame un authentique Omeyyade rescapé du massacre ; début de l’éclatement de l’Empire islamique.

- 757 : Le traducteur des fabliaux indiens, Rôzbeh ibn al-Moqaffa‘, mis à mort en Irak sur soupçon d’hérésie manichéenne.

- 762 : Al-Mansôur transporte la capitale ‘abbâsside à Baghdâd (en perse, "la Dieu-donnée"), sur le site d’un ancien village sassanide. Les répresentations figuratives des califes dépeignent désormais ceux-ci dans l’attitude et revêtus des attributs des anciens souverains sassanides.

- 775-785 : Califat d’al-Mahdî. Persécutions contre les manichéens en Mésopotamie et en Syrie, dont l’influence intellectuelle demeure cependant très vive auprès des élites.

- 785-786 : Califat d’al-Hâdî.

- 786 : L’impératrice Irène, à Constantinople, rétablit le culte orthodoxe des icônes ; fin de la "crise iconoclaste" à Byzance.

- 786-809 : Califat de Hâroûn ar-Rashîd ; zénith du pouvoir politique de Baghdâd ; échanges d’ambassades avec Byzance et Charlemagne.

- 809-813 : Califat d’al-Amîn.

- 810-870 : Vie d’al-Bokhârî, théologien né à Bokhârâ (actuel Ouzbékistan), mort à Baghdâd ; dans un canon "authentique" (Sahîh), il réunit les "Dits" ou hadîth attribués au Prophète, dont ceux qui condamnent l’art figuratif.

- 813-833 : Califat d’al-Ma’moûn ; fondation de la "Maison de la Sagesse" à Baghdâd, nombreuses traductions en arabe de textes grecs philosophiques, cosmologiques et médicaux ; adaptation et élaboration des mathématiques indiennes (invention de l’algèbre) ; nombreux échanges d’ambassades avec Byzance ; zénith de la civilisation ‘abbâsside ; essor de la mystique musulmane ou "soûfisme".

- 831 : Conquête musulmane de Palerme, menée par les Aghlabides, gouverneurs ‘abbâssides de Tunisie.

- 838-923 : Vie de Tabarî, théologien et historien né dans le Tabarestân (nord iranien), mort à Baghdâd ; rédige, en arabe, un vaste commentaire du Coran, et une chronique universelle qui veut illustrer la convergence des histoires des rois-prophètes d’Israël et des grands rois sassanides pour aboutir à la révélation mohammadienne et à l’instauration du califat.

- 875 : Résurgence d’un émirat autonome iranien à Bokhârâ, celui des Sâmanides (sunnites) qui se reconnaissent, cependant, vassaux des califes de Baghdâd ; début de la résurrection littéraire de la langue persane, désormais transcrite en caractères arabes, à parité avec l’arabe dans les cours de l’Islam d’Orient.

- 909 : Proclamation, en Tunisie révoltée, d’un contre-califat chiite (tendance ismaélite), celui des Fâtimides.

- 929 : L’émirat de Cordoue se proclame un califat (sunnite). L’art figuratif de Cordoue (notamment ses ivoires sculptés) reflète les modèles baghdâdiens eux-mêmes issus de modèles sassanides.

- 932 : Les califes de Baghdâd réduits au statut de "protégés" d’une famille princière chiite iranienne, les Boûyides.

- 963 : Bal‘amî, vizir sâmânide à Bokhârâ, traduit Tabarî en persan ; début de l’effloraison de la littérature persane, à parité avec l’arabe, en Islam d’Orient.

- 969 : Les Fâtimides conquièrent l’Egypte ; fondation du Caire ; le monde islamique désormais partagé entre trois califats : Cordoue (sunnite), Le Caire (chiite ismaélite), Baghdâd (sunnite, mais sous protectorat

chiite, et désormais le plus faible des trois).

- 998-1030 : Règne à Ghaznî, dans le Sud-est afghan actuel, du sultan Mahmoûd, premier grand souverain turc (sunnite), vassal formel du calife de Baghdâd ; conquêtes en Inde jusqu’au Pandjâb; rédaction à Ghaznî, en persan, du "Livre des rois" (Shâh-Nâmeh) du poète Ferdawsî, qui sera l’un des textes préférés des enlumineurs musulmans d’Orient ; travaux philosophiques et scientifiques d’al-Bêroûnî à Ghaznî, et d’Ibn Sînâ ("Avicenne") à Bokhârâ et à Ispahan ; dans l’art figuratif de Ghaznî (métaux ciselés et fresques) prédomine toujours la manière héritée des Sassanides.

- 1030 : En Occident, éclatement du califat de Cordoue entre roitelets hispano-musulmans.

- 1055 : Les Turcs seldjoukides, issus des territoires de l’actuel Turkménistan, imposent leur protectorat sur Baghdâd et deviennent maîtres du Proche-Orient. De nombreux clans turcs essaiment vers le Proche-Orient.

IV Le califat ‘abbâsside de Baghdâd : deuxième période, le protectorat turc: 1055-1220

- 1055 : Maîtres de Baghdâd, les Turcs seldjoukides cherchent à rétablir, à travers leur empire, le "sunnisme" ou orthodoxie islamique ; parité littéraire de l’arabe et du persan.

- 1066 : Conquête de l’Angleterre par le duc Guillaume de Normandie ; montée de la puissance des Normands, véritable contre-partie occidentale de celle des Seldjoukides ; de manière très similaire à l’usage du persan, promu langue des princes par rapport à l’arabe, resté idiome de la liturgie, parmi les Seldjoukides, essor littéraire du français, devenue langue des chevaliers, par rapport au latin, demeuré idiome liturgique, dans le royaume anglo-normand (un trouvère aurait chanté une version de la "Chanson de Roland" devant les armées du duc Guillaume, tout comme les poètes de cour chantent, en persan, le "Livre des rois" de Ferdawsî devant les sultans turcs de Ghaznî à Konya).

- 1071 : Les Turcs seldjoukides écrasent l’armée byzantine à Manzikert et s’engouffrent en Anatolie. De nombreux clans turcs s’installent en Anatolie qui devient, linguistiquement, une "Turquie" ; la langue de cour du sultanat seldjoukide demeure toutefois le persan, comme le français celle du royaume anglo-normand.

- 1072-1092 : Règne du sultan seldjoukide Malek-Shâh ; apogée de la puissance turque seldjoukide, étendue de l’Anatolie et de la Syrie jusqu’à Hérât et l’actuel Turkménistan ; écrits théologiques et mystiques en arabe et en persan d’al-Ghazâlî ("Algazel"), poésie persane de ‘Omar Khayyâm.

- 1085 : Contre-offensive de la chrétienté latine en Occident : prise de Tolède par les Castillans, et de Syracuse par les Normands.

- 1095-1099 : Contre-offensive de la chrétienté latine en Orient : Première Croisade des chevaliers francs, prise de Jérusalem ; apogée de la puissance normande, de Londres à Palerme et à Antioche ; duel méditerranéen entre Normands et Seldjoukides.

- 1126-1152 : Raymond de Sauvetât, archévêque français de Tolède, préside à la traduction massive, de l’arabe en latin, d’ouvrages philosophiques, médicaux, algébriques, astronomiques et alchimiques ; introduction du papier en chrétienté occidentale ; influences hispano-arabes sur l’architecture romane au Puy, à la Charité et à Vézelay ; à Paris, reconstruction de la basilique de Saint-Denis dans le nouveau style gothique.

- 1150 : Montée, en Asie centrale, du sultanat sunnite des Ghôrides, montagnards tâdjîks du Ghôr, arrière-pays de Hérât.

- 1157 : Mort du dernier des grands sultans seldjoukides, Sandjar, à Merv (actuel Turkménistan) ; désintégration de l’empire seldjoukide en Asie Centrale et en Iran, mais la dynastie règne toujours, prospère, en Anatolie, sous les sultans de Konya ; à Ghaznî, poésie persane mystique de Sanâ’î.

- 1171 : L’officier kurde Salâh-ad-Dîn ("Saladin") renverse le califat chiite ismaélite des Fâtimides au Caire, et y rétablit l’orthodoxie sunnite.

- 1174 : Saladin devient maître de la Syrie, et prend en tenailles le royaume croisé de Jérusalem.

- 1175 : Herât devient la capitale des sultans ghôrides.

- 1187 : Saladin chasse les Croisés de Jérusalem.

- 1192 : Les Ghôrides conquièrent Delhi et règnent sur un empire étendu de Hérât au Gange.

- 1198 : En Occident musulman, mort du philosophe andalou Ibn Roshd ("Averroès") à Marrakech ; départ du mystique andalou Ibn ‘Arabî pour l’Orient (il enseignera à Konya en 1205, et mourra à Damas en 1240).

- 1200 : Les Ghôrides construisent la Grande Mosquée de Hérât.

- 1206 : Déclin ghôride. Delhi devient un sultanat indépendant.

- 1207 : Chute des Ghôrides ; Hérât conquise par Mohammad Khwârazm-Shâh (le Khwârazm correspond à l’actuel Turkménistan) qui étend sa puissance, aux dépens de celle des Ghôrides de Hérât, à travers l’Asie Centrale.

- 1212 : En Occident musulman, victoire de la chevalerie castillane à la bataille de Las Navas de Tolosa ; effondrement politique et militaire de l’Islam andalou.

- 1180-1220 : En Orient musulman, le calife ‘abbâsside an-Nâsir li-Dîn Allâh, qui ne règne de manière effective que sur Baghdâd et ses environs mais dont la suzeraineté symbolique est encore reconnue par tous les sultanats sunnites d’Asie, promeut une brillante renaissance culturelle dans l’ancienne capitale califale ; le calife, dans un esprit profondément soûfî, réorganise les chartes des guildes, confréries et ordres de "chevalerie" (fotowwa) en Islam ; les années de son règne coïncident avec le zénith littéraire et mystique absolu de l’Islam classique, tant en Occident d’expression arabe (Ibn Tofayl, Averroès, Ibn ‘Arabî) qu’en Orient d’expression arabe et persane (Sohrawardî en prose, et, en vers, les poètes ‘Attâr et Nezâmî, qu’illustrera notamment Behzâd) ; en Irak, production de somptueux manuscrits ; âge d’or de la peinture de la Première Ecole de Baghdâd.

- 1206 : Temoudjin réunit, dans le Gobi, les tribus mongoles, qui le proclament Tchenkkîz Khân, "universel seigneur".

- 1211-1277 : Les Mongols, sous Tchenkkîz Khân, conquièrent la Chine du Nord.

V L’ère mongole et tîmoûride 1220-1507

- 1220-1221 : Invasion mongole du royaume des Khwârazm-Shâh, qui comprend alors l’ensemble du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan, du Turkménistan et de l’Afghanistan actuels. Les Mongols conquièrent Bokhârâ et Samarcande, atteignent et détruisent Herât. Le second et dernier prince de la dynastie, Djalâloddîn Khwârazm-Shâh, résiste longuement dans les montagnes d’Afghanistan oriental, vainc les Mongols à Parwân au nord de Kaboul, puis doit s’enfuir en Inde.

- 1227 : Mort de Tchenkkîz Khân ; avènement du Grand Khân Ögödeï.

- 1240-1241 : Les Mongols, sous le Grand Khânat de Möngké, conquièrent Kiev et les principautés russes, écrasent la chevalerie polonaise à la bataille de Liegnitz puis celle de Hongrie à Mohi, et atteignent la côte adriatique devant l’île de Tran, en Croatie.

- 1243 : Les Mongols, sous le Grand Khânat de Möngké, écrasent les Turcs seldjoukides d’Anatolie à la bataille du Kösé-Dâgh ("le mont-chauve") et imposent leur protectorat sur le sultanat de Konya ; poésie mystique en langue persane de Roûmî, à Konya.

- 1246 : Le nouveau Grand Khân, Güyük, reconnaît la principauté vassale de Hérât, sous un souverain tâdjîk, Shamsoddîn, du clan local des Kart.

- 1258 : Hülegü Khân, petit-fils de Tchenkkîz Khân, met Baghdâd à sac ; mort dans les flammes de son palais du dernier calife ‘abbâsside, al-Mosta‘sem Bi-llâh ; élégie sur la chute de Baghdâd par le plus grand conteur persan du XIIIe siècle, Sa‘dî de Shîrâz, dont Behzâd illustrera “Le Verger".

- 1259-1260 : Avènement du Grand Khân Qoubilây, petit-fils de Tchenkkîz Khân ; Qoubilây Khân installe le siège de son pouvoir à Pékin (où la dynastie mongole est appelée, en chinois, les Yüan); son cousin Hülegü Khân reconnaît la suzeraineté de Pékin et installe son propre pouvoir à Tabrîz : naissance du royaume des Mongols d’Occident en terre d’Islam, dit royaume des Îl-Khân ou "khâns vassaux".

- 1260 : Défaite des Mongols d’Occident devant les troupes syriennes et égyptiennes à ‘Ayn-Djâloût en Palestine ; arrêt de l’expansion mongole vers l’ouest musulman; émergence du nouveau sultanat, dit des Mamloûk, en Egypte et en Syrie ; les peintures figuratives des manuscrits mamloûks prolongent, dans un style fossilisé, l’ancienne manière ‘abbâsside.

- 1271-1287 : Voyage jusqu’à la cour de Qoubilây Khân, à Pékin, du marchand vénitien Marco Polo ; départ par voie de terre depuis Saint-Jean-d’Acre à travers la Syrie, l’Anatolie, l’Iran, le nord afghan et l’Asie Centrale chinoise, et retour maritime par l’Océan Indien et le Golfe, puis l’Iran et l’Anatolie par voie de terre jusqu’à Trébizonde et par navire jusqu’à Constantinople et, de là, Venise.

- 1291 : Conquête par les Mamloûks de Saint-Jean-d’Acre, dernier bastion des Croisés en Palestine ; consolidation, face aux Îl-Khân maîtres de l’Iran, de l’Irak et de l’Anatolie, du sultanat mamloûk en Egypte et en Syrie.

- 1295 : Conversion à l’Islam de l’Îl-Khân de Tabrîz, Ghâzân Khân, qui maintient toutefois des relations diplomatiques et culturelles étroites avec ses cousins de Pékin. A Hérât, l’émir vassal Ekhtiyâroddîn Kart est autorisé à relever la citadelle.

- 1299 : Le sultan afghan de Delhi, ‘Alâ-od-Dîn Khildjî (Ghilzaï), repousse du Pandjâb une incursion des Mongols du clan des Tchaghatâï, suzerains en Transoxiane et en Afghanistan oriental ; zénith militaire, politique et culturel du sultanat afghan de Delhi, dont la langue de cour est le persan ; le poète Amîr Khosrô de Delhi, qu’illustrera Behzâd, adapte les narrations de Nezâmî pour la cour indo-musulmane.

- 1300 : En Anatolie sous protectorat mongol, désintégration du sultanat seldjoukide ; naissance, aux frontières des dernières possessions byzantines en Anatolie, de l’émirat ottoman. En Italie, année du jubilé papal ; date symbolique retenue par Dante pour sa vision de l’autre monde.

- 1316-1335 : Règne à Tabrîz du dernier des grands Îl-Khân, Aboû-Sa‘îd ; renaissance culturelle d’un empire mongol islamisé et iranisé ; poésie persane de Khwâdjoû Kermânî et chroniques en persan et en arabe de Rashîdoddîn Fazlollâh, dédiées au souverain ; production, pour l’Îl-Khân Aboû-Sa‘îd, de deux somptueux manuscrits en langue persane, les fabliaux de Kalîla et Dimna et "Le livre des rois", illustrés selon la nouvelle manière influencée par la peinture chinoise.

- 1318 : A Hérât, investiture du prince vassal Ghiyâsoddîn Kart par le pouvoir de Tabrîz.

- 1335 : Eclatement de l’empire des Îl-Khân ; le clan mongol occidental des Djalâyer fonde le sultanat d’"Irak" entre Tabrîz et Baghdâd ; à Kêsh près de Samarcande, naissance, dans le clan mongol turcisé des Barlâs, du prince Temür ou Tîmoûr, surnommé plus tard en persan Tîmoûr-é Lang ou "Tîmoûr le Boiteux", d’où la forme française "Tamerlan".

- 1346-1350 : "La Peste noire" ravage l’Asie, l’Afrique du Nord et l’Europe et tue peut-être un tiers des habitants de l’ancien monde.

- 1355 : Les Ottomans s’emparent de Gallipoli, aux portes de Byzance, et passent en Europe.

- 1368 : A Pékin, renversement des Mongols par la nouvelle dynastie chinoise des Ming.

- 1370 : Tamerlan, à la tête du clan mongol turcisé des Barlâs, s’empare du pouvoir à Samarcande (actuel Ouzbékistan) et à Balkh (nord afghan actuel), épouse une descendante de Tchenkkîz Khân pour revendiquer la légitimité impériale, et entreprend de réunir par la force les débris de l’empire mongol (d’où le nom "moghol", forme persane de "mongol", donné plus tard à ses descendants princiers à Kaboul et en Inde).

- 1374-1410 : Règne à Tabrîz et à Baghdâd du plus raffiné des mécènes mongols islamisés, le sultan Ahmad Djalâyer ; épanouissement, en peinture, de la Seconde Ecole de Baghdâd.

- 1381-1383 : Tamerlan conquiert, puis massacre Hérât.

- 1387 : Tamerlan conquiert et massacre Ispahan ; à Shîrâz, la légende veut qu’il ait rencontré Hâfez, le plus grand poète lyrique persan du XIVe siècle. Tamerlan embellit Samarcande ; épanouissement de l’art de la faïence d’architecture.

- 1389 : Les Turcs ottomans écrasent les Serbes à la bataille de Kossovo Polyé.

- 1391 : Tamerlan écrase ses cousins mongols islamisés dits de la Horde d’Or, dans le sud des steppes russes.

- 1393 : Première prise de Baghdâd par Tamerlan ; le sultan Ahmad Djalâyer s’enfuit chez les sultans mamloûks de Syrie et d’Egypte, puis revient dans son royaume en 1394.

- 1396 : Les Ottomans écrasent la coalition des chevaliers hongrois et français à Nicopolis, en Bulgarie, et consolident leur suprématie dans les Balkans.

- 1398 : Tamerlan conquiert et massacre Delhi.

- 1401 : Tamerlan soumet Damas et rencontre le grand historien maghrébin Ibn Khaldoûn, qui y séjournait ; Tamerlan reconquiert et massacre Baghdâd ; le maître-peintre de Baghdâd, ‘Abd-ol-Hayy, déporté à Samarcande ; le sultan Ahmad Djalâyer se réfugie chez les Ottomans, mais reviendra dans Baghdâd dès le retour de Tamerlan à Samarcande, après la bataille d’Ankara.

- 1402 : Tamerlan écrase les Ottomans à la bataille d’Ankara : leur puissance en Asie Mineure est ébranlée, mais pas dans les Balkans ; les royaumes chrétiens de l’époque voient cependant un répit miraculeux, dans le coup d’arrêt ainsi infligé par Tamerlan à ses coreligionnaires, dans l’avancée irrésistible des Ottomans.

- 1405 : Mort de Tamerlan à Otrar, au moment où il entreprend la conquête de la Chine.

- 1405-1447 : Après les guerres de succession, règne de Shâh Rokh, fils de Tamerlan, à Hérât : premier âge d’or de la Hérât tîmoûride ; Oulough-Beg, fils de Shâh-Rokh, exerce la régence à Samarcande et s’intéresse à l’astronomie (il périra en 1449, assassiné par son propre fils durant le renouvellement des guerres civiles après la mort de Shâh Rokh).

- 1410 : Le clan turkmène dit du Mouton Noir, en Anatolie orientale, conquiert le royaume d’"Irak" de Tabrîz et Baghdâd ; mise à mort du sultan Ahmad Djalâyer ; les Turkmènes du Mouton Noir reconnaissent cependant la suzeraineté de Shâh Rokh à Hérât ; de nombreux peintres du sultan Ahmad gagnent la cour du prince tîmoûride Eskandar-Soltân, neveu de Shâh Rokh, à Shîrâz ; brève effloraison d’une école de peinture à Shîrâz.

- 1411 : Conversion pacifique à l’Islam du râdjâ hindouiste de Malacca, pour mieux participer au commerce des épices et du bois précieux de l’Océan Indien avec l’Egypte, trafic mondial alors dominé par les navigateurs musulmans du Goudjerate et d’Oman dans les eaux d’Orient, et par les navigateurs vénitiens en Méditerranée; début de l’islamisation du monde malais et des Îles de la Sonde. Relais de caravanes entre les ports du Golfe et Hérât ; la cité exporte, vers ce réseau mondial, ses soieries et ses tapis précieux.

- 1412-1422 : Echanges d’ambassades entre Hérât et Pékin ; renouvellement des influences esthétiques chinoises sur les arts de l’Islam d’Orient.

- 1414 : Rébellion écrasée du prince tîmoûride Eskandar-Soltân, qui revendique son indépendance à Shîrâz ; Shâh-Rokh lui fait crever les yeux ; certains de ses peintres demeurent à Shîrâz, sous le nouveau gouverneur Ebrâhîm-Soltân, fils de Shâh Rokh ; d’autres sont attirés à Hérât par le prince Bâysonghor, fils préféré de Shâh Rokh.

- 1414-1447 : Essor de la première école de peinture à Hérât, sous le mécénat du prince Bâysonghor et, après la mort de celui-ci en 1433, du prince ‘Alâ-od-Dawleh fils de Bâysonghor ; de nombreux artistes gagnent Herât depuis Tabrîz, Baghdâd, Shîrâz et Samarcande.

- 1447 : Mort de Shâh-Rokh ; l’impératrice Gawhar-Shâd, à Hérât, exerce la régence de fait ; début des guerres civiles qui lézardent l’empire tîmoûride ; les Turkmènes du clan du Mouton Noir, à Tabrîz, ne se reconnaissent plus les vassaux de Hérât ; partage, de fait, du monde persan entre deux pôles de pouvoir, l’"occidental" à Tabrîz, l’"oriental" à Hérât.

- 1447-1457 : Guerres civiles entre princes tîmoûrides.

- 1453 : Le sultan ottoman Mehmed II, pourvu d’une puissante artillerie, conquiert Constantinople ; fin de l’Etat byzantin et pleine résurgence de la puissance ottomane ; nombreuses ambassades vénitiennes auprès des Turkmènes de Tabrîz pour tenter de sceller une alliance militaire et prendre les Ottomans à revers ; premiers contacts artistiques entre Venise et le monde turco-persan. En Europe, Gutenberg développe l’imprimerie.

- 1457 : Le tîmoûride Aboû-Sa‘îd prend le pouvoir à Hérât, et fait exécuter l’impératrice douairière Gawhar-Shâh pour mettre un terme à ses intrigues. Le sultan de Hérât doit cependant se résoudre à la perte de l’Iran occidental, détenu par les sultans turkmènes de Tabrîz.

- 1464 : Défilé des guildes de l’empire tîmoûride devant le sultan Aboû-Sa‘îd de Hérât.

- 1465 : Naissance à Hérât de Kamâloddîn Behzâd

- 1467 : Les Turkmènes du clan rival du Mouton Blanc supplantent le clan du Mouton Noir à Tabrîz et à Baghdâd, et s’emparent du royaume d’ "Irak".

- 1469 : Le sultan tîmoûride Aboû-Sa‘îd, depuis Hérât, se porte à la tête d’une expédition pour reconquérir Tabrîz ; tombé en embuscade et fait prisonnier, il est exécuté par ses adversaires turkmènes; les Turkmènes du Mouton Blanc refoulent les troupes tîmoûrides et occupent, à leur tour, Hérât, tandis que le prince tîmoûrîde Hosayn Mîrzâ Bayqarâ, retranché dans les montagnes, s’efforce de reconquérir la capitale de ses ancêtres.

- 1470 : Le sultan Hosayn Mîrzâ Bayqarâ (r. 1470-1506) reconquiert Hérât, en expulse les Turkmènes du Mouton Blanc, et inaugure le second âge d’or de la ville ; partage définitif du monde persan entre le sultanat turkmène de Tabrîz et le sultanat tîmoûride de Hérât; le ministre tout-puissant de Hérât est Mîr ‘Alî Shêr Nawâ’î, mécène des peintres et des poètes, et poète lui-même en langue turque orientale ; ère du théologien et poète Djâmî de Hérât (1414-1492), sommité intellectuelle du monde sunnite de son temps, et du peintre Behzâd.

- 1478-1490 : Règne à Tabrîz du sultan turkmène Ya‘qoûb, du clan du Mouton Blanc ; apogée de l’école turkmène de peinture, "romantique" (avec le maître Mohammad Siyâh-Qalam), par rapport à l’école de Hérât, "classique" (avec le maître Behzâd).

- 1480 : Séjour à Constantinople, à la cour du sultan Mehmed II, des peintres Gentile Bellini et Costanzo da Ferrara ; influences vénitiennes sur la peinture islamique.

- 1481 : Le nouveau sultan ottoman, Bâyezîd II, écrit la première de quatre lettres respectueuses à Djâmî, et cherche même à l’attirer à sa court : témoignage de l’influence spirituelle et littéraire du poète de Hérât à travers tout l’Islam d’Orient de son temps ; l’oeuvre mystique et théologique de Djâmî, en arabe et en persan, reflète la pensée de l’andalou Ibn ‘Arabî (1165-1240), et son œuvre littéraire, en persan, celle du poète Nezâmî de Gandjeh (1141-1209) : arrière-plan intellectuel de la peinture de Behzâd.

- 1486 : Le peintre Qâsem fils de ‘Alî, membre de l’atelier de Behzâd, peint les portraits du ministre Nawâ’î et du poète-théologien Djâmî de leur vivant, agenouillés devant l’ombre du poète Nezâmî.

- 1488-1489 : Behzâd, avec son maître Mîrak, illustre et signe le manuscrit du Boûstân ("Le Verger"), poème narratif de Sa‘dî (XIIIe siècle), dédié au sultan Hosayn Mîrzâ, et y incorpore des vers de Djâmî : ceux-ci témoignent de l’appui, apportée par le poète-théologien de Hérât, à l’œuvre figurative du peintre.

- 1492 : Mort de Djâmî, que la convention littéraire considère comme le dernier grand poète classique persan ; en Occident, chute de Grenade, dernier bastion musulman en Espagne ; les Rois Catholiques expulsent les juifs d’Espagne ; Colomb atteint les Antilles.

- 1493-1494 : Behzâd illustre pour la cour de Hérât deux manuscrits successifs des "Cinq Trésors" du poète Nezâmî.

- 1494 : A Istanbul, le sultan Bâyezîd II accueille les réfugiés juifs d’Espagne, mais refuse l’usage de l’imprimerie – que ces juifs espagnols maîtrisent - pour les livres en caractères arabes. (L’Islam en restera, délibérément, à l’ère du manuscrit, jusqu’à l’installation définitive d’une imprimerie arabe, au Caire, en 1798, par Bonaparte.)

- 1498 : Vasco de Gama atteint la côte indienne, et réussit le contournement portugais de l’espace terrestre islamique par voie de mer.

- 1500 : Les Ouzbeks, descendants de la Horde d’Or affaiblie par les attaques de Tamerlan, fuient la résurgence russe et descendent vers l’Asie Centrale, où règnent leurs ennemis héréditaires, les Tîmoûrides ; en 1500, les Ouzbeks conquièrent Samarcande.

- 1501 : Mort à Hérât du ministre Nawâ’î. En Iran occidental, un nouveau chef turkmène, Esmâ‘îl, du clan des Séfévides, supplante les Turkmènes du Clan du Mouton Blanc à Tabrîz.

- 1504 : L’aventurier italien Ludovico di Varthema, agent portugais à Ormuz dans le Golfe, rédige la première description européenne du royaume de Hérât, dont il découvre les soieries sur les marchés de l’île.

- 1506 : Mort du sultan Hosayn Mîrzâ à Hérât ; son fils, Badî‘-oz-Zamân, esthète raffiné, lui succède ; visite à Hérât du prince tîmoûride de Kaboul, Bâber, qui laissera de nombreux témoignages écrits décrivant la ville et ses peintres, dont Behzâd.

- 1507 : Conquête de Hérât par les Ouzbeks de l’émir Shaybânî Khân, effondrement du royaume tîmoûride ; Badî -oz-Zamân fuit auprès des Séfévides d’Iran ; Bâber, à Kaboul, reste le seul prince régnant de la dynastie tîmoûride (dite désormais "moghole"); à Hérât, un portrait du conquérant ouzbek de la ville, Shaybânî Khân, est traditionnellement attribué à Behzâd.

VI L’ère des quatre empires néo-classiques, Séfévides (chiites), Ottomans (sunnites), Ouzbeks (sunnites), Moghols (sunnites): 1501-1722

- 1501 : Shâh Esmâ‘îl (r. 1501-1524), du clan turkmène des Séfévides, prend le pouvoir à Tabrîz ; il y impose la foi chiite (tendance des "douze").

- 1507 : Les Portugais, débarqués à Ormuz, veulent appuyer la nouvelle dynastie chiite séfévide d’Iran contre les puissances sunnites, avec des fournitures d’artillerie; en Orient, les Ouzbeks sunnites prennent Hérât. Début des "guerres de religion", en Islam, entre Ottomans et Ouzbeks sunnites, d’un côté, et Séfévides chiites, de l’autre.

- 1509 : A Diu sur la côte nord-ouest de l’Inde, les canonnières portugaises écrasent les puissances navales coalisées des sultanats sunnites du Goudjerate et d’Egypte et du royaume hindou de Calicut ; la suprématie maritime en Océan Indien et dans le Golfe, et le contrôle du commerce des épices, passent désormais entre les mains des Européens.

- 1510 : Le Shâh Esmâ‘îl chasse les Ouzbeks sunnites de Hérât et annexe l’ancienne capitale tîmoûride ; mort sur le champ de bataille de l’émir ouzbek Shaybânî Khân ; le Shâh Esmâ ‘îl impose le chiisme à Hérât (où il demeure encore majoritaire dans le centre-ville); les Ouzbeks se replient sur Bokhârâ, sans pour autant cesser, un siècle durant, de harceler les Séfévides pour tenter de leur reprendre Hérât. En Inde, les Portugais occupent Goa.

- 1510-1511 : Séjour du Shâh Esmâ‘îl à Hérât, rencontre avec Behzâd qui rallie la nouvelle dynastie séfévide et aussi le chiisme ; Behzâd accompagne le shâh dans sa visite après du neveu (lui aussi rallié) du grand Djâmî, le poète Hâtefî, et peint le portrait de ce dernier désormais coiffé du turban "à bâtonnet" des chiites.

- 1514 : Le sultan ottoman sunnite Sélim Ier, grâce à sa supériorité en artillerie, écrase les armées chiites du Shâh Esmâ‘îl à la bataille de Tchâldérân, près de Tabrîz ; selon une légende ottomane, Esmâ‘îl aurait caché Behzâd dans une grotte près du champ de bataille pour empêcher son maître-peintre de tomber entre les mains de l’ennemi (en réalité, le peintre se trouvait alors toujours à Hérât); les Ottomans pillent la Bibliothèque de Tabrîz et emportent de nombreux manuscrits enluminés à Istanbul, où les suivent aussi beaucoup de peintres iraniens qui préfèrent le sunnisme.

- 1516 : Le Shâh Esmâ‘îl nomme son fils aîné, le prince Tahmâsp, comme gouverneur titulaire de Hérât ; Behzâd sera le tuteur artistique du prince-héritier.

- 1516-1517 : Le sultan ottoman Sélîm Ier annexe l’empire mamloûk d’Egypte et de Syrie (qui comprend aussi les villes saintes du Hedjaz) ; les Ottomans sunnites deviennent ainsi la première puissance musulmane.

- 1522 : Shâh Esmâ‘îl rappelle son fils Tahmâsp de Hérât à Tabrîz ; le prince-héritier est peut-être accompagné par Behzâd ; le maître-peintre rejoint, en tout cas, Tabrîz à une date non déterminée ; un édit royal, rédigé pour le Shâh Esmâ‘îl par le scribe Khwândamîr de Hérât en utilisant des termes sanctifiants inspirés de Djâmî, nomme Behzâd à la tête de la guilde de tous les artistes du livre dans l’empire séfévide ; début de l’illustration collective du "Livre des rois", volume-emblème de la dynastie séfévide.

- 1524 : Mort de Shâh Esmâ‘îl ; avènement de Shâh Tahmâsp (r. 1524-1574). L’illustration collective du "Livre des rois", conseillée par Behzâd mais désormais surtout dominée par le peintre Soltân-Mohammad de Tabrîz, continue, sous Shâh Tahmâsp, pendant une décennie.

- 1526, année-clef : Conquête de la Hongrie par le sultan ottoman Süleymân le Magnifique ; premier échec des Ottomans devant Vienne ; les archives royale de la Naqqâsh-Khâneh ou "maison des peintres", à Istanbul, enregistrent la présence de dix maîtres-peintres persans venus de Tabrîz. L’influence de la manière classique "behzâdienne" s’étend désormais jusqu’au Bosphore.

- 1526 : Bâber, prince tîmoûride de Kaboul, conquiert le sultanat de Delhi et y fonde la dynastie dite des "Grands Moghols". Le monde islamique d’Orient se voit désormais partagé entre trois grandes puissances : les Ottomans sunnites d’Istanbul ; les Séfévides chiites à Tabrîz et à Hérât ; et les Moghols sunnites à Kaboul, Delhi et Agra. Les "guerres de religion" sunnites-chiites impliquent toutefois surtout les Séfévides d’Iran contre les Ottomans de Turquie et leurs alliés sunnites, les Ouzbeks de Bokhârâ. A Kaboul et en Inde, les Moghols, officiellement sunnites, tolèrent tant le chiisme que l’hindouisme.

- 1526 : A Hérât, d’où une nouvelle attaque ouzbèke vient d’être repoussée, visite de Shâh Tahmâsp, à qui les notables remettent un exemplaire des poèmes de Nawâ’î, illustré par l’élève resté le plus fidèle à la manière de Behzâd, Shaykh-Zâdeh.

- 1527 : Shaykh-Zâdeh renoue avec le sunnisme et rallie la cour des Ouzbeks sunnites à Bokhârâ ; l’académie de Bokhârâ perpétuera, jusqu’à la fin du XVIe siècle, le style de la peinture behzâdienne de Hérât.

- 1530 : Début du règne tourmenté, en Inde et en Afghanistan oriental, de Homâyoûn, fils de Bâber, second des "Grands Moghols".

- 1533 : Premier "repentir" de Shâh Tahmâsp, concernant son usage du vin ("le rubis") et du hachich ("l’émeraude"), mais son mécénat des arts n’en est pas affecté.

- 1535 : Le scribe Khwândamîr de Hérât, rédacteur de l’édit royal séfévide de 1522 nommant Behzâd à la tête de la guilde des artistes du livre, rejoint en Inde la cour (sunnite) du Grand Moghol Homâyoûn ; au cours d’une campagne dans le Goudjerate, le souverain moghol perd son exemplaire précieux des chroniques de Tamerlan, la Zafar-Nâmeh ou "Geste des victoires", illustré (au moins en partie) par Behzâd lui-même et désormais considéré comme emblème de la dynastie ; le fabuleux manuscrit behzâdien, symbole de la légitimité impériale, sera récupéré par les Moghols après leur conquête du Goudjerate en 1578.

- 1535 : Mort à Tabrîz de Kamâloddîn Behzâd

- 1535 : Le peintre Mozaffar ‘Alî, petit-neveu de Behzâd, succède à celui-ci à la tête de la guilde séfévide des artistes du livre ; Mozaffar ‘Alî fut lui-même l’un des grands illustrateurs du "Livre des rois" de Shâh Tahmâsp.

- 1539-1543 : Shâh Tahmâsp fait illustrer les "Cinq Trésors" de Nezâmî par les meilleurs peintres de son empire, dernier grand projet de l’atelier de ce souverain.

- 1544 : La chronique des arts, contenue dans la préface d’un album royal séfévide rédigée par le scribe Dôst-Mohammad de Hérât, affirme la prééminence de Behzâd.

- 1548 : Shâh Tahmâsp déplace la capitale séfévide de Tabriz à Qazwîn, pour éviter les menaces ottomanes.

- 1549 : Les peintres séfévides ‘Abd-os-Samad, Mîr Mosawwer et Mîr Sayyed ‘Alî rejoignent la cour du Grand Moghol Homâyoûn à Kaboul, où le peintre Dôst-Mohammad de Hérât les a déjà précédés ; création, à Kaboul, de l’atelier "moghol".

- 1552 : Conquête du khânat musulman tatar de Kazan, par le tsar Ivan le Terrible. Début de l’expansion impériale russe vers le Sud, aux dépens de l’Islam d’Orient.

- 1555-1556 : Le second "repentir" de Shâh Tahmâsp n’entraîne pas plus le déclin des arts figuratifs, dans l’Empire séfévide, que le premier "repentir"; le neveu du souverain, le prince Ebrâhîm-Mîrzâ, gouverneur de Mashhad, fait illustrer, de 1556 à 1565, les sept poèmes narratifs de Djâmî, par les meilleurs peintres de l’Empire.

- 1555 : Le Grand Moghol Homâyoûn rentre de Kaboul à Delhi, accompagné par ses artistes séfévides ; installation de l’atelier "moghol" sur sol indien.

- 1556 : Avènement, en Inde, du troisième des "Grands Moghols", Akbar (r. 1556-1605) ; abolition des discriminations légales et fiscales contre la majorité hindoue de son Empire; princes et scribes hindouistes, versés dans la langue persane, sont désormais associés, à parité avec l’élite musulmane, dans l’administration de l’Empire ; essor de l’art classique moghol, avec formation de peintres hindous dans l’atelier dirigé au départ par les artistes séfévides venus avec Homâyoûn de Kaboul - et pour qui "Behzâd" demeurait la référence idéale; accueil de nombreuses influences artistiques européennes, à travers les peintures et livres illustrés de gravures apportés en cadeaux par les Jésuites portugais de Goa.

- 1557 : En Turquie, l’architecte Sinân, à Istanbul, achève la mosquée Sülemâniyeh : zénith du classicisme architectural ottoman ; les enluminures des chroniques royales ottomanes s’inspirent de celles des chroniques royales persanes.

- 1564-1565 : En Iran, le scribe séfévide Mîr Sayyed Ahmad compare Behzâd au Christ coranique qui insuffle la vie à l’oiseau : image reprise de Djâmî et de Khwândamîr, et encore répétée, en 1596, par le scribe Qâzî Ahmad de Qom.

- 1571 : La flotte ottomane défaite par les flottes de l’Espagne et de Venise à Lépante : coup d’arrêt à l’expansion ottomane vers l’ouest.

- 1574 : En Iran, mort de Shâh Tahmâsp, avènement du Shâh Esmâ‘îl

- 1578 : En Iran, avènement du Shâh Mohammad Khodâ-Bandeh.

- 1587 : En Iran, avènement du Shâh ‘Abbâs le Grand (r. 1587-1628). Celui-ci confie la garde militaire de l’oasis de Hérât, contre les Ouzbeks, aux Afghans du clan des Abdâlî, futurs fondateurs (en 1747) du royaume d’Afghanistan. Sâdeqî Beg nommé à la tête de la guilde séfévide des artistes du livre, mû par "un zèle behzâdien (hemmat-é behzâdî). Essor d’une nouvelle manière de peindre, en Iran séfévide, qui se nourrit de l’exemple behzâdien mais met désormais l’accent sur la ligne calligraphique : style associé aux noms des maîtres Sâdeqî Beg et Rezâ-yé ‘Abbâsî.

- 1587 : En Turquie, la chronique des arts par le scribe ‘Âlî Efendî confirme la prééminence du statut de Behzâd aux yeux des peintres ottomans.

- 1596 : En Iran, la chronique des arts du scribe Qâzî Ahmad de Qom confirme la prééminence du statut de Behzâd dans les traditions de l’Empire séfévide. La réputation sanctifiée de Behzâd se voit ainsi désormais consacrée d’un horizon à l’autre de l’Islam d’Orient, des rives du Bosphore à celles du Gange.

- 1598 : En Iran, Shâh ‘Abbâs déplace la capitale séfévide à Ispahan ; début des constructions de la Place Royale : zénith du classicisme architectural séfévide ; l’école figurative d’Ispahan, de 1598 jusqu’au dernier tiers du XVIIe siècle, restera dominée par la manière “calligraphique" inaugurée, à la fin du XVIe, par les maîtres Sâdeqî Beg et Rezâ-yé ‘Abbâsî.

- 1605-1627 : En Inde, règne du quatrième des "Grands Moghols", Djahân-G’îr ; zénith du classicisme pictural moghol.

- 1622 : En Iran, Shâh ‘Abbâs s’allie aux Anglais pour chasser les Portugais d’Ormuz, mais doit laisser les Anglais s’y installer à leur place ; début de la suprématie navale anglaise dans les eaux du Golfe et de l’Océan Indien.

- 1628-1658 : En Inde, règne du cinquième des "Grands Moghols", Shâh-Djahân ; le Tâdj-Mahall d’Agra, zénith du classicisme architectural moghol.

- 1638 : Conquête définitive de Baghdâd par les Ottomans, aux dépens des Séfévides ; l’Irak conserve cependant une population à majorité chiite, surtout dans le Sud.

- 1658 : En Inde, avènement du sixième des "Grands Moghols", Aurang-Zêb, à l’issue d’une guerre de succession ; celui-ci affirme le retour à la plus stricte orthodoxie islamique, rétablit les mesures discriminatoires contre ses sujets hindous, provoque leurs révoltes et affaiblit l’empire.

- 1669 : En Inde, Aurang-Zêb ordonne la destruction de temples hindous et de leurs "idoles" à travers l’Empire moghol : date probable de la mutilation des deux statues du Bouddha à Bâmiyân, en Afghanistan oriental alors sous domination moghole. L’empereur Aurang-Zêb ne consacrant plus l’essentiel de ses ressources qu’à la guerre contre ses rivaux musulmans ou les insurgés hindous, les peintres moghols cherchent de nouveaux mécènes dans les cours provinciales de l’Inde, tant musulmanes qu’hindouistes ; déclin à Delhi de la peinture figurative moghole, qu’Aurang-Zêb, pourtant d’une si rigoureuse orthodoxie, n’interdit cependant pas en tant que telle (il fait peindre les portraits de sa propre personne et des officiers de sa cour).

- 1669 : Les Turcs arrachent la Crète à Venise, dernière percée ottomane vers l’ouest.

- 1683 : Second échec des Turcs ottomans devant Vienne.

- 1699 : En Turquie, le traité de Carlowitz consacre le recul définitif des Ottomans en Europe et leur évacuation de la Hongrie, face aux Autrichiens. Au XVIIIe siècle, les influences artistiques du baroque et du rococo autrichien et italien remplacent rapidement, à Istanbul, le classicisme architectural hérité de Sinân, puis le classicisme pictural inspiré de la tradition behzâdienne.

- 1707 : En Inde, mort du dernier des "Grands Moghols", Aurangzêb ; l’empire se désintègre en principautés rivales, hindouistes et musulmanes, en attendant la suprématie anglaise en Inde, affirmée, contre les tentatives rivales françaises, dès 1757.

- 1722 : En Iran, sac d’Ispahan par les Afghans sunnites révoltés. Effondrement de l’Empire séfévide. L’expansion russe atteint le Caucase. Désintégration de la tradition esthétique séfévide, déjà lourdement affectée, depuis la fin du XVIIe siècle, par l’introduction à Ispahan de la technique européenne de la peinture à l’huile.


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